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The Mesolore Project
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Center for Latin American and Caribbean Studies
Brown University
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II) Pedro de Espinosa le Vieux que ron pourrait plutôt, en toute justice, appeler le Grand. II naquit à Medina de Rioseco. Il fut le premier de la dynastie à ouvrir un établissement bancaire á Séville. Son frère aîné Juan l’avait envoyé faire du négoce avec leur fortune à tous deux dans cette capitale, favorable à n’importe quel genre d’activités lucratives, surtout depuis les perspectives qu’ouvraient les terres nouvelles découvertes Outre-Atlantique. La confiance entre les deux frères était si absolue que, dans son testament, Juan ardonna que l’on ne tînt compte d’aucune manière de l’usage que Pedro pourrait faire des capitaux mis à son ordre. On peut aussi supposer que Pedro s’était installé a Séville pour servir d’agent aux Amiraux de Castille, lorsque ceux-ci cédèrent à la Couronne, en 1513, les droits que leur conférait la charge d’Amiral sur toutes les marchandises exportées vers le Nouveau Monde, en échange d’une rente annuelle de 130000 maravedis placée à la Casa de la Contratación. Pedro et son frère jouissaient à Séville de privilèges importants, dont le monopole de la production du savon, et percevaient done des rentes considérables. Quoi qu’il en soit, ce Pedro de Espinosa disposait de grosses sommes d’argent et d’objets de valeur; il réalisa ceux-ci et se mit à faire valoir son capital. La gestion d’entreprises personnelles ou appartenant à autrui lui apporta des bénéfices fort substantiels.

Les plus anciennes mentions de ses rapports de commerce avec les Indes – les seules affaires qui nous interessent ici directement – remontent à l’année 1521 : depuis San Juan de Porto Rico, on lui vire 50 pesos d’or. Douze ans plus tard, son neveu Antonio de Espinosa, qui agissait en ses lieu et place, reçoit à Saint-Domingue deux lots: l’un de 236 pesos d’or fin à verser à la banque de Pedro de Espinosa, à la disposition de ses déposants Juan Ruiz et Pedro de Cortés, qui enverraient par la suite des instructions sur l’usage de cette somme ; l’autre consistant en une barre d’or fin du Cibao, d’un poids de 200 pesos d’or, que lui remettait, également pour dépôt à la banque, Francisco de Herrera (beau-frèere par alliance du licencié Gaspar de Espinosa et administrateur peu fidèle de ses biens à Panamá).

La solidité de son crédit lui attirait de très loin des clients. En 1535, l’évêque de Tierra Firme, Juan de Berlanga, déposait à la banque de Pedro de Espinosa 180000 maravedie, et le célèbre Pascual de Andagoya, 313920 maravedis. En 1538, lors de la saisie des envois de métaux précieux provenant des Indes (dont nous avons parlé plus haut), 469300 maravédis destinés à Espinosa, furent convertis en juros. Comme cette fois la Couronne ne réquisitionna que le tiers des envois, il est facile de calculer que c’etaient presque 1500000 maravédis qui auraient dÔ rentrer dans les coffres du riche banquier.

La banque avait ses bureaux dans la rue de las Gradas. Les neveux de Pedro, Juan de Espinosa de Carrión et Alonso de Melgar, son petit-neveu, Juan de Espinosa Salado, et Domingo de Zornoza y travaillaient camme facteurs. lIs représentaient Pedro pour l’affrètement de navires et pour tautes operations de credit et de commandite d’expeditions commerciales vers Saint-Domingue et Puerto Rico (expéditions où l’on trouve engagés des personnages aussi en vue que le secrétaire Diego Caballero).

Pedro habitait dans la rue de los Catalanes, près de la maison de son neveu Alonso; il institua un majorat sur cet immeuble. Ses magasins se trouvaient à part, dans la rue de los Cuernos (aujourd’hui Tomás de Ibarra) et see celliers dans le quartier de la Tonnellerie. A la campagne, il possédait des vignobles à Castilleja de la Cuesta et plusieurs propriétés dans les terroirs de La Puebla de Cazalla, Bollullos de la Mitacion, Alcala de Guadaira et Gerena.

Vieilli et presque aveugle, il se déchargea du poids de ses affaires sur son neveu Melchor de Espinosa qui, apres avoir été successivement son employé et son facteur, partage à apartir de juin 1536, la direction de la maison. Il entretint aussi des relations très étroites, de caractère commercial, avec son autre neveu Alonso, avec lequel il partageait les bénéfices par moitié. Pour les opérations bancaires traitées avec la Cour, lors de ses déplacements, il s’était associé avec le fameux Diego de la Haya.

Dans son testament il prescrivit de façon categorique de ne diviser sous aucun prétexte son patrimoine et il interdit à ses héritiers d’en aliéner aucune partie. Désireux d’assurer la durée et la cohésion de sa puissance économique, il établit une stricte communauté de biens, afin de parer aux dangers d’un changement de gestion qui se présentaient lors du passage d’une génération à l’autre (passage qui fut fatal à plus d’une famille d’hommes d’affaires). Ces précautions rappellent tout à fait celles prises par le célèbre banquier Jakob Fugger pour éviter la dispersion de sa colossale fortune. Pedro avait d’ailleurs beaucoup de points de ressemblance avec Jakob : habileté dans les affaires, prudence, force de travail. Dans la gestion de leur raison sociale, tous deux aussi eurent comme successeurs leurs neveux. L’autoritaire Pedro, en effet, décida que son heritage en indivis serait administré et géré conjointement par ses neveux Francisco, Juan, Alonso, Pedro, Melchor (auquel, on s’en souvient, il avait interdit de se consacrer aux affaires bancaires) et Alvaro. C’était une façon indirecte de fonder un majorat. Le majorat était, à l’époque, l’ambition de tout homme d’affaires possédant une fortune convenable, car c’était le moyen d’associer son capital à son patronyme, d’assurer leur durée et, avec le temps, d’augrnenter aussi bien la fortune que Ie lustre de Ia famine. C’éait faire le premier pas vers l’acquisition de la noblesse.

Mais, les prévisions hurnaines sont faillibles et rien de ce que cet éminent personnage avait soigneusement disposé n’eut de suites durables : sept ans après sa mort, ses neveux procédèrent à un partage des biens ; les branches familiales qu’ils avaient engendrées s’éteignent rapidement, sauf celle de Pedro de Espinosa qui, en s’alliant avec les Guzman, permit au tout puissant comte-duc d’Olivares de réclamer les biens tombées en déshérence.

Comme tant de personnages de premier plan de son époque, Pedro de Espinosa se fit aménager une sépulture somptueuse dans la chapelle placée sous l’invocation de Saint-Thomas, en l’église San Pablo des dominicains. II passa contrat avec le sculpteur français Nicolas de León, qui, moyennant 40000 maravedis, exécuta un magnifique retable, installé dans cette chapelle en 1538. Il enrichit aussi la chapelle d’ornements liturgiques et de meubles de grand prix. II y reçut sepulture le 15 avril 1543.